REFUS COLLECTIF DE PARTAGER LA TABLE DU LOCATAIRE DU PALAIS : « Diakhar » esseulé !

À quelques heures de l’ouverture du « Dialogue national » annoncé par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, plusieurs partis politiques et mouvements de l’opposition ont déjà pris leurs distances avec cette initiative prévue du 21 au 31 mai 2026.

Au-delà du parti au pouvoir, de nombreuses voix dénoncent un cadre jugé flou, sélectif et éloigné des principes qui avaient jusque-là encadré les concertations nationales au Sénégal. Entre boycott assumé et participation conditionnée, le risque est grand de voir le chef de l’État dialoguer essentiellement avec des personnalités proches de son propre camp ou avec des acteurs triés sur le volet.

L’APR claque la porte

Dans un communiqué rendu public le 19 mai 2026, Alliance pour la République a clairement annoncé qu’elle ne participerait pas aux consultations initiées par le chef de l’État. Le parti de l’ancien président Macky Sall dénonce une rupture avec « une tradition de dialogue républicain, transparent et inclusif », solidement ancrée depuis plusieurs années. L’APR critique surtout l’absence de termes de référence précis ainsi qu’un format qui, selon elle, ignore délibérément plusieurs partis et coalitions majeurs de l’espace politique national. Pour les responsables de l’APR, plusieurs zones d’ombre subsistent autour des sujets inscrits à l’agenda, du timing, du ciblage des participants et des véritables finalités de ces rencontres.Le Secrétariat exécutif national du parti estime également que ces « consultations » sont très en deçà des dispositions du décret de 2016 portant organisation du Comité de pilotage du Dialogue national, qui consacre le 28 mai comme Journée du dialogue national.                 Conséquence : l’APR affirme sans ambiguïté qu’elle n’enverra aucun représentant à ces concertations.

Oumar Sarr pose ses conditions

Du côté du Front pour la défense de la démocratie et de la République, la prudence reste également de mise. Son coordonnateur, Oumar Sarr, a exprimé de nombreuses réserves lors de son passage à l’émission « Grand Jury » sur la RFM. Le maire de Dagana affirme ne disposer, à ce stade, d’aucun élément concret permettant d’apprécier la démarche présidentielle. Selon lui, ni le format du dialogue ni la liste des invités ne sont clairement connus. Oumar Sarr conditionne ainsi toute éventuelle participation à une clarification préalable des thèmes abordés. Il estime que les discussions devraient porter sur des questions majeures comme les réformes institutionnelles, les libertés publiques, le fonctionnement de la démocratie ou encore la situation économique du pays. « Si c’est une démarche pour diviser l’opposition, nous n’irons pas », a-t-il averti, tout en laissant la porte ouverte à une participation si le cadre s’avère sérieux et inclusif. Le responsable politique insiste également sur la nécessité d’une concertation préalable entre les différentes composantes de l’opposition avant toute décision finale.

Des audiences individuelles à la place du dialogue classique

Lors du Conseil des ministres du mercredi 20 mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé une modification du format habituel de la Journée du dialogue national, invoquant un contexte religieux particulier. Ainsi, au lieu des grandes rencontres publiques traditionnellement organisées, le chef de l’État a opté pour des audiences individuelles prévues du 21 au 31 mai 2026. Le président recevra d’abord d’anciens Premiers ministres ainsi que d’anciens ministres ayant occupé les portefeuilles des Finances et de la Sécurité intérieure, avant d’élargir les consultations à d’autres forces vives et notabilités nationales. Mais ce nouveau format, perçu par plusieurs acteurs politiques comme une série de consultations ciblées plutôt qu’un véritable dialogue inclusif, alimente davantage les critiques et les soupçons de tri sélectif des participants.

Un dialogue sans opposition ?

À mesure que les refus et les réserves s’accumulent, l’initiative présidentielle semble perdre une partie de sa crédibilité politique avant même son ouverture officielle. Entre boycott total, participation conditionnée et absence de consensus sur les objectifs, le risque d’un dialogue déséquilibré apparaît de plus en plus évident. Pour plusieurs observateurs, sans la participation des principales forces politiques et des grandes coalitions de l’opposition, le Dialogue national pourrait rapidement se transformer en un exercice solitaire du pouvoir, donnant l’impression que le président Diomaye Faye va finalement… dialoguer avec lui-même.