Le président du Conseil d’administration de la SAPCO, Doudou Gnagna Diop, a livré une lecture critique mais structurante de la dynamique actuelle des États généraux du tourisme, marquée par la tenue des Concertations régionales de développement (CRD). Entre rééquilibrage territorial, intégration des filières et gouvernance sectorielle, il plaide pour une refonte profonde du modèle touristique sénégalais.
Après une première rencontre nationale avec les acteurs du secteur, les travaux sont désormais décentralisés dans les régions. Une étape jugée décisive pour faire remonter les priorités locales et construire une vision plus territorialisée du tourisme.
« Chaque région tient son CRD pour faire remonter des propositions de sortie de crise et surtout identifier les leviers d’une meilleure organisation de la grappe touristique », explique Doudou Gnagna Diop.
Une approche intégrée inédite, selon Doudou Gnagna Diop
Au-delà du cadre consultatif, le responsable de la SAPCO insiste sur une innovation méthodologique : la mise en synergie des acteurs du tourisme, de la culture et de l’artisanat au sein d’un même dispositif de concertation.
Une configuration qu’il considère comme un tournant.
« C’est une innovation importante. Dans le passé, ces composantes étaient traitées de manière séparée. Or, on ne peut pas développer durablement le tourisme sans la culture et l’artisanat », tranche-t-il.
Selon lui, cette approche intégrée correspond désormais à l’architecture institutionnelle du secteur, réunissant sous une même tutelle les trois piliers de l’économie touristique.
Des “États généraux” avant les véritables arbitrages
Si les débats régionaux suscitent de nombreuses attentes, Doudou Gnagna Diop appelle toutefois à la prudence sur la nature des conclusions attendues à ce stade.
« Pour l’instant, il s’agit surtout de propositions et de contributions. Les urgences seront réellement dégagées lors de la plénière nationale, après la synthèse de l’ensemble des régions », précise-t-il.
Il insiste également sur un point de clarification : ces concertations ne constituent pas encore des assises nationales du tourisme.
Un secteur jugé encore insuffisamment structuré
Dans son analyse, le PCA de la SAPCO estime que le Sénégal accuse un retard dans l’organisation stratégique de son secteur touristique.
« Beaucoup de pays concurrents ont déjà tenu des assises nationales et mis en place des plans structurés d’investissement, de promotion et de régulation. Ce n’est pas encore le cas du Sénégal », regrette-t-il.
Pour lui, cette absence historique de cadre global explique en partie les déséquilibres actuels du secteur.
La Petite-Côte, un modèle à bout de souffle
Point central de son intervention : la forte concentration du développement touristique sur la Petite-Côte. Une situation qu’il juge désormais problématique.
« Près de 75 % de l’activité touristique nationale est concentrée sur la Petite-Côte. Cela crée des tensions en termes de capacité, de sécurité, de salubrité et de gestion des destinations », alerte-t-il.
La solution passe, selon lui, par une réorientation territoriale plus ambitieuse, déjà esquissée dans les politiques publiques récentes.
Le concept des pôles touristiques balnéaire, écotourisme, tourisme culturel ou encore agrotourisme doit permettre de mieux répartir l’activité sur l’ensemble du territoire.
Le tourisme, levier d’emploi sous-exploité
Dans un contexte de forte pression démographique, Doudou Gnagna Diop rappelle le rôle central du tourisme dans la création d’emplois, notamment pour les jeunes.
« Un investissement touristique bien structuré fixe les populations et réduit l’exode rural », soutient-il, citant les travaux de l’Organisation mondiale du tourisme.
Mais il met en garde contre un frein majeur : le manque d’espaces adaptés pour les investissements dans certaines zones déjà saturées.
Thiès et la Grande Côte en alternative stratégique
S’exprimant sur le cas de la région de Thiès, il identifie la Grande Côte comme un nouvel espace de développement à fort potentiel.
« À vingt minutes de Thiès, il existe des opportunités réelles pour diversifier l’offre touristique », note-t-il, appelant à un accompagnement plus fort de l’État.
Une vision portée par l’expérience de la diaspora
Abdoulaye Wade, l’héritage d’une vision et la mémoire d’un tournant
Abordant la dimension historique et politique du secteur, le président du Conseil d’administration de la SAPCO a également évoqué le centenaire de l’ancien président Abdoulaye Wade, qu’il inscrit dans la mémoire des grandes orientations du tourisme sénégalais.
Il rappelle avoir été parmi les premiers acteurs de la diaspora ayant répondu à l’appel lancé au début des années 2000 pour le retour des compétences et des investissements.
« J’ai fait partie de ceux qui ont répondu favorablement à l’appel du président Wade aux Sénégalais de l’extérieur pour investir au pays », confie-t-il, évoquant son projet touristique agréé dans le cadre des dispositifs d’appui à la diaspora.
Selon lui, cette période a marqué un tournant dans la structuration de l’investissement touristique, même si certaines ambitions de diversification n’ont pas été pleinement consolidées.
Il estime toutefois que l’héritage de cette époque reste perceptible, notamment dans les réflexions actuelles sur l’aménagement du territoire, les infrastructures et la place du tourisme dans la stratégie nationale de développement.
« L’enjeu aujourd’hui est de capitaliser sur ces acquis pour construire un tourisme plus équilibré, plus inclusif et mieux réparti sur le territoire », conclut-il.
Anta Fofana Konaté (Correspondante)