5EME SOUS SOL, APPAUVRISSEMENT, DETTE, DEFICIT, CROISSANCE… : L’Implacable réquisitoire d’Al Aminou !(Par ABC)

Avec tact et subtilité, le Premier ministre Ahamadou Al Aminou Lô, au cours de son passage, à l’Assemblée nationale, a fait la leçon à son prédécesseur, Ousmane Sonko. Confortablement installé sur le perchoir del’hémicycle, le Président, par effraction, du Parlement, a essuyé les critiques à peine voilées de son successeur. Celui-ci y est allé avec intelligence, en choisissant des mots justes pour donner plus de poids à son argumentaire. Le Premier ministre a d’abord redéfini les choses en rappelant que le programme liant le Sénégal au Fonds monétaire international (Fmi) a été inspiré du Référentiel Sénégal 2050 qui est une émanation du projet «Diomaye Président» élaboré par les «faux frères» de Pastef et Kiraay. Il rappelle en passant que le Pastef, Ousmane Sonko et le Président Bassirou Diomaye Faye ont validé l’ensemble des démarches ayant abouti à un accord avec le Fmi. Il précise d’ailleurs que son discours prononcé devant le Parlement considère la période avril 2024 mai 2026. Comme pourdire qu’il reflète la rupture promise au début de l’Alternance mais qui n’a jamais eu lieu dans les faits.

La preuve, le Sénégal traine une dette jamais aussi élevée. 132 % du PIB et plus de 23 500 milliards FCFA. Donc un niveau supérieur à celui hérité, alors que le Jub Jubel Jubentipromettait d’en inverser la tendance. Au même moment, le déficit est réévalué à 13,7 % du PIB en 2024, 6,4 % en 2025, se portant ainsiau-dessus des niveaux que la Déclaration de politique générale de 2024, lue par l’ancien Premier ministre, Ousmane Sonko présentait déjà comme un scandale, de plus, à mettre sur le compte du régime du Président Macky Sall.La croissance, depuis l’avènement de Sonko-Diomaye, n’a jamais décollée. Elle était de 2,2 % hors hydrocarbures en 2025. Ce qui signifie que la logique de résultats annoncée en décembre 2024 n’a produit ni décollage, ni inflexion visible. A cela s’ajoutent deux dégradations de la notation souveraine du Sénégal. Moody’s et S&P ont chacune abaissé notre note de cinq crans. Si l’on en croit toujours le document signé Al Aminou Lô et lu devant les députés, les arriérés de paiement de la dette culminent à 1 956 milliards FCFA sur 5 425 dossiers, malgré l’engagement d’apurement pris dès décembre 2024. Sans parler de l’administration fiscale toujours en délicatesse et qui n’a pu rassembler que seulement 56,9 % des cibles de recettes intérieures en fin août 2026.

Autant de faits qui ont chassé les investisseurs. En 2025, les investissements directs étrangersse sont effondrés à 37 millions de dollars, soit 98,9 %. Cette situation est née de la défiance des nouvelles autorités et de la suspension du programme avec le Fmi après l’annonce surréaliste de la supposée dette cachée. Au finish, le Sénégal, après sa suspension intervenue en 2024 s’est retrouvé dans un isolement financier pendant vingt-six mois.Conséquence de deux ans de posture soi-disantsouverainiste, incarné par Sonko, pour ramener le pays au cinquième sous-sol, si l’on paraphrase le Premier ministre Lô. Ces indicateurs dessinent la trajectoire d’un régime dont l’action n’a pas, sur ses propres critères de vérité et de résultats, inversé la courbe qu’il dénonçait.

Tout ceci amène à dire que la souveraineté économique tant chantée par Sonko et ses ouailles de Pastef n’existe nulle part. Elle reflète plutôt l’ignorance et l’incompétence d’une classe politique faite de populistes et d’opportunistes. La souveraineté, pour en revenir à ce terme cher au Pastef et à son leader, si elle pourrait être adaptée à la politique, la justice, l’agriculture… elle ne peut guère s’appliquer à l’économie, car comme dit Marshall Mcluan, «le monde est devenu un village planétaire». Aucun pays, aucune nation, aucune communauté ne peutrester fermé pour évoluer en dehors des autres. 

Au regard de ce tableau catastrophique dressé par le chef du gouvernement, lui-même, il parait urgent de dépasser le débat sur la sémantique pour aller à l’essentiel. C’est le moment de l’action et non des supputations. Restructuration, ajustement structurel ou Plan de traitement de la dette, veulent tous dire que le pays est en face du mur. Ce, d’autant que le Premier ministre lui-même a renseigné que nous nous étions appauvris en 2025 et que la situation sera pire pour 2026. Il annonce à la représentation nationale, un changement de méthode qui, à nos yeux, s’apparente plus à un changement radical de cap. Celui-ci marque le retour à la réalité pour des autorités qui viennent de comprendre le sens de l’Etat et son mode de fonctionnement. 

Malheureusement après plus de deux ans à tourner en rond et à jouer les enfants gâtés, pour certains, le réveil est plus que brutal. On est même tentés de croire que des responsabilités avaient été confiées à des individus qui étaient dans la jouissance et que le Président Diomaye Faye a fini par identifier pour ensuite les bouter hors des sphères de décisions. Est-ce suffisant pour espérer remettre le pays sur les rails. Il ressort, en tout cas, de l’exposé du Premier ministre, que le mal est très profond. Il va donc falloir faire preuve de transparence dans la gestion, de bonne gouvernance mais surtout de respect de l’Etat de droit pour redonner confiance aux populations et aux partenaires. 

Alioune Badara COULIBALY

Porte-parole APR