10 JOURS SANS GOUVERNEMENT : Un « accouchement » douloureux

Dix jours après le départ d’Ousmane Sonko de la Primature et la nomination d’Al Aminou Lo à la tête du gouvernement, les Sénégalais attendent toujours la formation de la nouvelle équipe gouvernementale. Une situation qui commence à susciter interrogations et spéculations dans l’opinion publique, alors que beaucoup s’attendaient à une transition rapide.

Le 22 mai dernier, Ousmane Sonko quittait ses fonctions de Premier ministre avant d’être porté quelques jours plus tard à la présidence de l’Assemblée nationale. Cette réorganisation institutionnelle majeure devait ouvrir la voie à la nomination d’un nouveau gouvernement autour du Premier ministre Al Aminou Lo. Mais à ce jour, la composition de l’attelage gouvernemental n’a toujours pas été rendue publique.                          Alors que le président Bassirou Diomaye Faye semblait vouloir accélérer le processus, le parti Pastef a visiblement décidé de peser de tout son poids dans les négociations entourant la future équipe gouvernementale.                                           Lors de son installation à la tête de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko a d’ailleurs créé la surprise en affirmant publiquement que Pastef n’avait pas été consulté sur la nomination du nouveau Premier ministre. Une déclaration qui a immédiatement alimenté les interrogations sur l’existence de divergences entre le chef de l’État et le leader du parti majoritaire.

Quelques heures seulement après cette sortie, le Comité exécutif (COMEX) de Pastef publiait un communiqué confirmant que certains de ses membres avaient été approchés par les services de la Présidence dans le cadre des consultations relatives à la formation du gouvernement. Toutefois, le parti a tenu à rappeler que toute discussion devait se faire avec ses instances habilitées et non avec des militants pris individuellement.                   Surtout, Pastef a posé une série de conditions à sa participation au futur gouvernement. Parmi les exigences formulées figurent la fidélité au programme politique ayant conduit à la victoire de 2024, la clarification de la gestion de la dette souveraine, le refus des mesures susceptibles d’accroître le coût de la vie, la poursuite de la renégociation des contrats stratégiques, le renforcement de la lutte contre la corruption ainsi que des clarifications sur la gestion des dossiers judiciaires en cours et la répartition des portefeuilles ministériels.

À travers cette démarche, le parti de Ousmane Sonko entend manifestement s’assurer que la ligne politique du « Projet » demeure la boussole du nouvel exécutif. Une posture qui nourrit cependant le débat sur l’équilibre des pouvoirs au sommet de l’État. Pour de nombreux observateurs, la séquence actuelle met en lumière l’influence considérable exercée par Ousmane Sonko sur les orientations du pouvoir, malgré son départ de la Primature. En imposant ses priorités programmatiques et ses conditions d’entrée dans le gouvernement, le nouveau président de l’Assemblée nationale apparaît comme un acteur incontournable de la recomposition institutionnelle en cours.

Cette situation place le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Al Aminou Lo devant un défi politique majeur : former rapidement un gouvernement tout en tenant compte des exigences du parti majoritaire. Dix jours après le début de cette transition, l’attente se prolonge et le Sénégal demeure suspendu à l’annonce d’un gouvernement dont la naissance s’annonce plus complexe que prévu.

Sadio FATY