Le secteur du transport urbain au Sénégal connaît de fortes perturbations depuis ce lundi 30 mars 2026. Quatorze syndicats, parmi lesquels le Syndicat autonome des chauffeurs de taxis urbains et activités connexes du Sénégal et l’Association de Financement des professionnels du Transport Urbain (AFTU), ont déclenché un mouvement de grève de trois jours, prévu jusqu’au 1er avril. À l’origine de ce débrayage, des revendications d’ordre juridique et institutionnel, traduisant un malaise profond au sein de la profession.
Les transporteurs dénoncent en premier lieu le refus des autorités de reconnaître officiellement la structure syndicale mise en place le 16 février 2026. Une posture interprétée comme une tentative de fragilisation de leur organisation et de remise en cause de sa légitimité. À cela s’ajoutent des accusations de « harcèlement » et de « corruption » sur les axes routiers, ainsi que le non-respect des engagements pris par l’État, notamment la réduction des points de contrôle.
Au-delà de ces griefs, les organisations syndicales pointent un « manque de sérieux » et un non-respect des procédures dans les échanges avec les autorités, dénonçant un climat peu favorable à un dialogue constructif.
À Dakar, l’impact de la grève reste contrasté. Si elle ne paralyse pas totalement la capitale, elle en perturbe sensiblement le fonctionnement. Dans certaines zones, des bus continuent d’assurer le service, tandis que dans d’autres, les usagers peinent à se déplacer. Au terminus de Liberté 5, la situation illustre cette mobilisation à plusieurs vitesses : certains bus circulent, mais avec une fréquence réduite.
Des usagers témoignent d’une gêne relative. Amadou Ndiaye, habitué des bus « Tata », affirme avoir pu se déplacer sans grandes difficultés, malgré une offre réduite. De son côté, Maguette, fidèle cliente de Dakar Dem Dikk, indique ne pas avoir été directement affectée, tout en constatant une affluence inhabituelle.
Sur le terrain, les professionnels confirment une mobilisation partielle. Selon un superviseur du centre d’appui à la professionnalisation des métiers du transport (Captrans), certaines lignes fonctionnent au ralenti, tandis que d’autres maintiennent un service normal. Une situation qui reflète la diversité des positions syndicales au sein du secteur.
Pour atténuer les effets de la grève, les autorités ont misé sur un renforcement des capacités de Dakar Dem Dikk et sur le déploiement du Train express régional (TER), afin d’assurer un minimum de continuité du service public.
En régions, les conséquences de la grève se font davantage sentir. À Touba, la mobilité est fortement perturbée, poussant les populations à se tourner vers des moyens de transport alternatifs tels que les charrettes et les motos Jakarta. Cette situation s’accompagne d’une hausse des tarifs et d’une pression accrue sur les usagers.
Si certains acteurs, comme les conducteurs de charrettes ou de motos, tirent profit de cette conjoncture avec une augmentation de leur clientèle, d’autres déplorent les difficultés engendrées. Les habitants appellent unanimement à une reprise rapide du dialogue entre les transporteurs et les autorités.
Sauf évolution notable, les perturbations devraient se poursuivre jusqu’au mercredi 1er avril, laissant planer des incertitudes sur une sortie rapide de crise dans un secteur vital pour l’économie et la vie quotidienne des Sénégalais.